mercredi 7 juillet 2010
Hôpital public, on ferme !
La loi Bachelot dite « Hopitaux Patients Santé Territoires » commence à produire ses premiers effets dévastateurs. On ferme des services hospitaliers, notamment en chirurgie, et des maternités. Selon des indiscrétions de la presse, 54 hôpitaux français seraient concernés par ces fermetures et les décrets seraient en préparation au ministère. Les socialistes, durant la discussion parlementaire, avaient alerté l'opinion publique sur la logique autour de laquelle s'articulait la nouvelle loi, une logique de rationnement comptable de l'offre de soins avec sa conséquence en termes d'égalité des territoires et des citoyens face à la santé. Et bien, nous y sommes ! Car, il s'agit bien ici d'une question de rationnement comptable dans la mesure où le seul critère, qui préside à ces fermetures, est celui du seuil d'actes médicaux annuels réalisés, en l'occurence 1500, avec l'idée absurde selon laquelle la qualité des soins serait proportionnelle au nombre d'actes réalisés. Quel mépris pour les personnels de santé qui officient dans ces établissements et qui sauvent des vies ! Par ailleurs, le critère retenu n'est en rien pertinent car si l'on consulte la liste des établissements hospitaliers visés, on constate, par exemple, que celui de Saint Jean de Maurienne est touché car ce dernier réalise moins de 1200 actes dans l'année. Mais, si l'on y regarde de plus près, on constate qu'une majorité d'interventions chirurgicales concerne des accidents de ski. La fermeture de ce service conduira les patients à aller se faire soigner et opérer à Albertville situé à 61 kilomètres du lieu de l'accident. Ce seul exemple montre bien l'absurdité de cette logique purement comptable qui ne prend nullement en considération la réalité et la spécificité du soin dans nos territoires.
Par ailleurs, ces fermetures profiteront, à n'en pas douter, aux cliniques privées qui pourront, ainsi, absorber ce besoin de soins en faisant non seulement payer le séjour des patients plus cher mais également légitimer, par leurs praticiens, des dépassements d'honoraires et ainsi entériner ce contre quoi les socialistes se sont élevés, une santé à deux vitesses. Le cas des maternités est également particulièrement révélateur. Dans les territoires où l'on ferme des maternités, le choix est, désormais, acté. Pour les femmes qui auront les moyens financiers ou qui bénéficient d'une mutuelle complémentaire, l'accouchement pourra s'effectuer dans une clinique privée proche de leur lieu d'habitation, pour les autres, elles iront accoucher à plusieurs dizaines de kilomètres de chez elles, l'exemple de la maternité de Valréas est, de ce point de vue, éclairant car, en cas de fermeture, les femmes devront aller accoucher à Orange, Montélimar ou Avignon, c'est à dire à plus de 40 kilomètres.
Cependant, le domaine de la santé publique ne peut s'extraire de l'environnement économique général du pays. Et, si la santé fait les frais de la désastreuse incompétence de la droite, c'est parce que cette dernière a choisi cette inconséquente politique de baisse des impôts dont la seule justification est la préservation des intérêts patrimoniaux des plus aisés. D'ailleurs, Gilles Carrez, député UMP et rapporteur général du Budget à l'Assemblée Nationale vient de reconnaître, qu'entre 2000 et 2009, la France avait perdu entre 100 et 120 milliards d'euros de recettes fiscales, soit 6,2 % du Produit Intérieur Brut. Or que je sache avant 2000, le bolchevisme ne sévissait pas dans notre pays et les classes les plus favorisées ne faisaient pas la queue aux Restos du Coeur. On voit bien aujourd'hui que cette perte de recettes fiscales, qui est à la fois injuste socialement et inefficace économiquement, manque cruellement pour les déployer sur des politiques publiques dont la santé est une des priorités compte tenu de l'allongement de l'espérance de vie des français et l'apparition de nouvelles pathologies comme la maladie d'Alzheimer qui, selon les chiffres mêmes du ministère de la santé, touche plus d'un million de nos compatriotes avec une projection de voir le nombre de malades multipliés par quatre d'ici 2050.
Les socialistes, autour de notre camarade Marisol Touraine, ont beaucoup travaillé sur les questions de santé. Nous avons dénoncé, comme il se devait, l'abandon par le gouvernement du plan Sida qui n'est plus considéré par la ministre Bachelot comme une priorité de santé publique.
Nous avons souligné que l'installation des jeunes médecins, trop concentrée dans les grandes zones urbaines, allait créer des déserts médicaux et qu'il convenait de revoir la carte de France de l'implantation médicale. Et, je n'ai pas peur de le dire, y compris s'il le faut, par la contrainte, car notre pays ne peut plus accepter cette inégalité géographique avec une sur-densité médicale dans certains territoires et des déserts médicaux dans d'autres, notamment les zones rurales. Pour exemple, à Paris, il y a 742 médecins pour 100 000 habitants pour une moyenne nationale de 290 médecins pour 100 000 habitants. Et selon une étude réalisée en 2009 par le Conseil National de l'Ordre des Médecins, les inégalités géographiques ne cessent de s'aggraver depuis 10 ans et même s'accélèrent depuis cinq ans. Cette situation ne peut plus continuer ainsi.
Nous avons dénoncé la logique comptable appliquée à l'hôpital et sa mise en oeuvre par ces préfets sanitaires que sont devenus les directeurs d'agences régionales de santé et qui allait avoir pour conséquence de créer une santé à plusieurs vitesses. Sur tous ces sujets, les socialistes avaient raison. Ils avaient raison quand ils disaient que la politique de déremboursement des médicaments et l'adoption de la nouvelle grille d'honoraires conduiraient les plus modestes d'entre nous à différer des soins dont ils ont, pourtant, besoin. Ils nous appartient, désormais, de mener l'offensive dans le pays, de faire connaître nos propositions qui, bien que publiques, sont ignorées de nos concitoyens. Dans notre département, la section du pays de Forcalquier, pressentant l'importance de la question, avait consacré son premier « entretien du pays de Forcalquier » à la santé. Nous devons multiplier ce genre d'initiatives sur le terrain militant avec ces idées simples qui doivent inspirer toute l'architecture de notre politique nationale. Les socialistes n'accepteront jamais l'inégalité des citoyens face à la santé. Les socialistes n'accepteront jamais l'inégalité territoriale en matière de soins.
Car, après l'hôpital, après la protection sociale, avec aujourd'hui les retraites, nous voyons bien quel est le projet de la droite. Ouvrir des brèches dans le modèle social français fondé sur le solidarité pour permettre à la prise en charge individuelle de s'y engouffrer et d'en tirer de substantiels profits. Après les banques et un gouvernement complice qui font payer à tous les français les pertes générées par leurs turpitudes, ce sont les cliniques privées et les compagnies d'assurance qui commencent à se frotter les mains. Cette politique est insupportable en ce qu'elle a d'injuste. Cette politique est l'illustration patente de ce que notre première secrétaire Martine Aubry a décrit en affirmant que « trois ans de sarkozysme avait abîmé notre République ». Car, que signifie l'égalité républicaine dans un pays qui pratique, en matière de santé, la sélection dans l'accès aux soins par l'argent ?
S'il est bien un domaine où les socialistes doivent mener le combat, c'est bien celui-ci. Il n'appartient qu'à nous de nous montrer dignes de ce combat et audacieux dans nos propositions en investissant le champ politique et en partant à la rencontre de nos concitoyens, qui sur ces sujets comme sur bien d'autres, attendent les socialistes pour tourner définitivement la page du sarkozysme en France.
Sylvie MAS
Secrétaire fédérale à la solidarité et la santé.
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